Eric Mbatcha remporte la victoire de la peur

24ème édition de la course de l’espoir. Les athlètes inscrits à l’ascension du mont Cameroun 2019 ont couru dans un environnement particulier ce 23 février 2019.

Il ne fallait pas aborder un athlète avant la course ce samedi 23 février 2019, surtout pas pour lui demander ce qu’il était capable de faire selon le niveau de préparation. Tous les anciens champions avaient la peur dans la chaussette et ne s’en cachaient pas. Symplice Ndungeh est un des derniers vainqueurs de l’épreuve en 2016. Il n’est pas passé par quatre chemins pour nous exprimer son état d’esprit : « Je vais bien, mais mon cœur continue de battre parce que j’ai toujours peur. Je ne suis pas effrayé à cause de la course, mais j’ai peur pour la crise, à cause des armes qui crépitent. Il y a certes la sécurité, mais j’ai toujours peur. Je ne me suis pas vraiment entrainé parce qu’il n’y avait pas la tranquillité dans notre village. Ainsi, je suis juste venu participer, je ne me suis pas entrainé comme d’habitude ». Tatah Carine, la tenante du titre chez les dames n’avait pas un discours contraire à celui de Symplice Ndungeh. Il fallait compter sur Dieu Tout Puissant pour espérer finir la course sans incidents : « Je suis celle qui a gagné en 2018. Je ne me suis pas aussi bien préparée cette année. J’espère que le Bon Dieu va me protéger pour que je gagne cette année. A cause de la crise, nous n’avons pas pu nous entrainer chez nous au Nord-Ouest ». La peur se voyait sur tous les visages à Buéa avant la course.

Une grosse colonie d’athlètes étrangers annoncée, (avec les Kenyans représentant la moitié  soit 13 sur les 26 étrangers), il fallait tout de même qu’il y ait des athlètes Camerounais préparés et oubliant la peur pour ne pas laisser filer le patrimoine. Eric Mbatcha, désormais athlète professionnel installé en France avec un contrat d’accompagnement était la dernière solution camerounaise à la menace. Avant le départ, il nous avouait : « Je remercie le Seigneur de m’avoir permis d’être présent ici cette année, car l’année dernière, à cause d’une blessure,  j’étais absent. C’est ma 18ème participation, donc je suis très content. J’ai déjà gagné ici deux fois, et j’ai occupé les 2ème et 3ème marches du podium à trois reprises chacune. Avec mon entrainement j’ai besoin de battre mon record qui est de 4 heures 24 minutes. J’ai besoin de le placer à 4 heures 15 minutes. Je me suis bien préparé et je crois que la victoire vient de Dieu, donc je dépends de lui pour cette victoire ». Le vainqueur  des éditions de 2011 et 2014 a opté pour une stratégie de course contre la montre en ignorant tous les autres athlètes. Une technique  qui a payé, même si l’objectif annoncé de battre son record personnel n’a pas été atteint.

Après un départ en trombe d’un Kenyan qui ignore les difficultés du mont, Eric Mbatcha qui est entré en septième position dans la brousse a franchi le sommet en première position avec à ses trousses un certain Ali Mohamadou, inconnu de la scène sportive jusque-là. Il va falloir attendre 4 heures 40 minutes et 9 secondes pour voir Eric Mbatcha traverser la ligne d’arrivée en premier. Il sera suivi par Ali Mohamadou qui boucle la course en 4 heures 46 minutes et 34 secondes. La troisième marche du podium sera occupée par Godlove Gabsibuin, le vainqueur de l’année dernière qui arrive après 4 heures, 46 minutes et  9 secondes.

Chez les dames, Tatah Carine réédite l’exploit de 2018. L’athlète de 21 ans a passé l’épreuve en 5 heures 33 minutes et 41 secondes. Elle devance Lisette Ngalim et Yvonne Ngwaya respectivement 2ème et 3ème.

David Eyenguè, envoyé spécial à Buéa

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *