Des imposteurs aux commandes nous ont entraînés dans la honte

John Kameni. Le président de la Ligue régionale de cyclisme du Sud-ouest parle de l’annulation du tour du Cameroun, et de ce qui devait être la suite à la fédération de cyclisme.

Comment avez-vous accueilli l’annulation du tour cycliste du Cameroun ?

C’est une honte pour le Cameroun, une honte pour la gestion du cyclisme au Cameroun. J’ai reçu cette nouvelle avec trop de déception, car nous avons été conduits comme des esclaves vers l’Etat, et en tant qu’association, l’Etat doit être un partenaire, et jamais un décideur au sein des associations. Nous parlons toujours d’ingérence de l’Etat, mais quand il faut gérer le sport, on dort sur le lit de l’Etat. Je suis déçu, je suis énervé, et c’est une mauvaise image pour le Cameroun, une mauvaise image pour ceux qui gèrent le cyclisme au Cameroun. Je n’ai pas vraiment de mots pour exprimer comment je me sens, mais je suis un Camerounais très déçu.

Comment se relever après une chute aussi brutale ?

D’abord, il faut rentrer à l’école, pour apprendre ce que ça veut dire une association. Pour apprendre comment organiser une compétition internationale, pour apprendre les différentes responsabilités de chacun dans une organisation. Il faut qu’on retourne à la base pour une rééducation, et surtout éliminer ce côté de l’Etat dans les affaires sportives au Cameroun. Il faut encore apprendre tout en ce qui concerne le fonctionnement d’une fédération au Cameroun.

Combien de temps cela va prendre si on repart de zéro pour arriver au niveau où nous étions ?

On n’était nulle part. C’est l’Etat qui décidait, et l’Etat a décidé. Nous n’étions nulle part, c’est l’Etat qui était quelque part. Et l’Etat vient de dire non, prenez vos responsabilités. C’est à nous les fédérations de trouver les partenaires fiables. Avec qui nous pouvons travailler dans une relation gagnant – gagnant. Et jusqu’ici, je pense que les sponsors du cyclisme ont été des vaches à lait où les présidents de fédérations partent. Quand l’Etat donne l’argent, ils utilisent l’argent de l’Etat. Et l’argent des sponsors, ils mettent dans leurs poches. Il faut que nous soyons sérieux, nous trouvons des partenaires fiables, et nous travaillons pour l’image d’abord du Cameroun. Le cyclisme n’est pas seulement qu’un sport, il doit vendre l’image d’un pays. Le tour doit promouvoir le tourisme, pour faire découvrir tout le pays. Si nous regardons seulement du côté sportif, on va échouer. Nous devons trouver des partenaires avec qui nous devons avoir de vrais contrats, et l’Etat n’est qu’un seul de ces partenaires. Si les responsables de fédérations ne prennent pas leurs responsabilités, ils vont se trouver souvent devant de telles situations.

Pouvez-vous évaluer le niveau de perte du cyclisme camerounais à l’échiquier mondial ?

Je ne considère pas ceci comme une perte, mais comme un petit recul en arrière pour mieux sauter. Quand il y a des problèmes dans les fédérations et que l’Etat veut prendre position, on parle d’ingérence. Maintenant quand on a besoin d’argent, on attend l’argent de l’Etat. Pourquoi toujours compter sur l’Etat ? L’Etat peut construire les stades, mais l’Etat ne doit pas payer les footballeurs. Au cyclisme, c’est l’Etat qui donne les primes, c’est l’Etat qui fait ceci ou cela, etc… Le cyclisme était une vache à lait pour certaines personnes, c’est fini là ! Maintenant on doit connaitre la capacité de gérer de tout un chacun. C’est une occasion d’éradiquer la mauvaise graine pour enfin décoller.

Cette déchéance relance le débat sur qui gère le cyclisme au Cameroun non ?

Malheureusement, nous connaissons que ce sont des imposteurs qui sont aux commandes. Tous ceux qui sont là, sont une fabrication d’un certain monsieur Ongbwa Blaise. Quand on fixe quelque chose sur rien, ça ne peut pas tenir. Il n’y avait pas de socle, on a vu que c’est tombé. Le cyclisme camerounais n’avait pas de socle, donc il ne pouvait pas tenir.

Le ministre des sports va finalement libérer cette fédération pour de nouvelles élections ?

C’est son problème, s’il veut qu’il le fasse, s’il veut, qu’il continue de garder la fédération prisonnière des imposteurs. Ce qui me concerne, c’est le cyclisme.

 

Propos recueillis par David Eyengue à Limbé

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *