Carnet de route du reporter, acte II : le taxi-compteur fait son show

Dans une compétition comme le Championnat d’Afrique des Nations Total Maroc 2018, le quotidien d’un journaliste reporter n’est pas toujours rose, il est souvent vulnérable comme un malade en quête de guérison.

Jeudi soir 11 janvier 2018, la CAF annonce une séance d’entraînement des Mourabitounes (équipe de Mauritanie) à 20 heures 30, au stade du complexe Mohammed V de Casablanca. Il fait peut-être un peu froid, mais nous décidons de nous lancer pour le premier contact avec une équipe qualifiée et déjà sur le sol marocain. Considérée comme une « petite équipe », la Mauritanie comme plusieurs autres pays sans palmarès,  voient en cette compétition (le Chan), une occasion de s’inscrire parmi les nations africaines qui comptent. Alors que certaines grandes nations de football comme le Cameroun, le Nigéria, l’Egypte trainent encore la patte, c’est l’occasion pour eux de s’installer avant le réveil des autres. La présence de la Mauritanie ici cristallise les attentions des 4 millions de leurs compatriotes. Ce qui explique pourquoi, le président de la fédération ‘’himself’’ Ahmed Ould Abderrahmane est présent aux entrainements. Je ne vais pas rater l’occasion de faire ma toute première interview à ce dirigeant qui vient de recevoir le titre de meilleur dirigeant de football du continent pour l’année 2017. Un homme effacé, simple qui est étonné de nous voir étonnés de sa présence à une séance d’entrainement de son équipe, contrairement à ce que font d’autres présidents de fédérations : « J’assiste même à plus que ça, au déjeuner, au diner, au briefing, aux réunions d’avant-match. C’est mon rôle, j’ai été élu pour ça et je dois le faire de cette façon. Je ne comprends pas pourquoi je ne devrais pas être à la séance d’entrainement et même  dans le bus de l’équipe, nous répond-il. Il est même prêt à négocier pour notre présence au-delà des 15 minutes règlementaires qui nous sont accordées pour cette séance. Pour ne pas frustrer la télévision marocaine qui a été inspirée par notre interview (ils n’ont pas cru que c’était le président), il leur accorde un temps dans le couloir, loin de la main courante. Il préfère le français à l’arabe que sollicite la journaliste marocaine. « Dans notre pays, nous préférons le français, pour la compréhension de tous », lui lance-t-il. « C’est de la frime », lui rétorque la jeune dame. Le président est d’un calme étonnant, et d’un fair-play de grand supporter : « C’est cela même le nom de notre fédération FFRIM, Fédération de Football de la République Islamique de Mauritanie ». La température dans ce couloir est celle d’une morgue, nous devons courir pour rallier notre hôtel. A défaut du chauffage dans notre hôtel une étoile, on doit doubler les couvertures à chacun de nous. Raphael Happi et moi avons plus de problèmes que Jean Jacques Ewong le reporter qui réside à Paris et vit au moins un hiver par an.

Trop de dirhams dépensés la veille pour le taxi m’ont inspiré une marche sportive le matin. Je dois affronter les 12 degrés du matin pour trouver le chemin qui mène au stade du complexe Mohammed V de Casablanca. Heureusement, la ville est connectée, et le GPS de mon téléphone doit être utilisé pour la 1ère fois. 47 minutes à l’aller, 35 minutes au retour, et des tas de connaissances emmagasinées le long du parcours. Nous ne sommes qu’à sept petits kilomètres du stade, un trajet qui nous a pris 200 dirhams la veille, 20 euros en ces temps de galère ! 14000 Fcfa de dépenses pour 14 kilomètres de taxi-compteur, le choix est vite fait quand vos poches  proposent la marche à pieds à votre cerveau.

Le compteur d’un petit taxi rouge va encore travailler  ce matin de vendredi, pour ne pas rater une sortie du président de la CAF Ahmad Ahmad. Hedi Hamel, le vétéran journaliste algérien et conseiller en communication du président a bien précisé qu’on ne prendra que des questions sur le Chan, sans polémiques. Comme à son habitude, Ahmad dribble son conseiller et annonce : « Je suis un homme politique, je vais répondre à deux questions en dehors de celles concernant le Chan ». La presse n’attend que ça : « Que pensez-vous de la sortie de Gianni Infantino qui a dit que ce serait mieux deux pays au lieu d’un seul pour organiser la Coupe du Monde ? Ce n’est pas prendre parti pour léser Le Maroc qui présente seul sa candidature « ?

Encore une fois le dribbleur sort une carte : « je ne répondrai pas à cette question, elle est polémique », signé Ahmad Ahmad. Je fais constater que le comité d’organisation a oublié de mettre le transport urbain à la disposition des journalistes. Le président de la CAF commence par reconnaître que cela était un oubli, mais fais un virage à 180° : « Vous avez peur de demander à vos patrons de dépenser un peu, de peur qu’ils vous chassent. Mais on ne doit pas tout vous donner. Un proverbe malgache dit qu’on doit d’abord balayer devant chez soi avant de regarder la cour des autres. A l’époque où j’étais président de ma fédération, je payais tout aux journalistes de mon pays : transport, hébergement, nutrition… Je les mettais à l’aise ». J’ai eu la grosse envie de lui demander pour quels résultats ? Mon voisin m’a soufflé qu’il ne voulait  pas assister à une bagarre entre camerounais et malgaches ici. J’ai respecté le code.

David Eyengue à Casablanca.

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